Un nouveau Projet de loi au Québec

Projet de loi 144 au Québec, unschooling, ief, école à la maison

L'instruction en famille menacée

 

Alors que je suis en train de préparer la non-rentrée, d'échanger avec les enfants des idées de thématiques qui pourront guider notre année, j'ai l'esprit quelque peu inquiet et soucieux. Depuis plusieurs mois il se trame quelque chose à l'Assemblée Nationale du Québec. Quelque chose de mauvaise augure pour les familles qui font l'IEF.

Le projet de loi #144 (et #99)

En juin dernier, le Ministre de l'éducation, Sébastien Proulx, a déposé au Ministère un projet de loi modifiant la Loi sur l'Instruction Publique et d'autres dispositions législatives jusqu'à présent en vigueur au Québec. Si le projet vise, en soi, à assurer un meilleur suivi et un meilleur contrôle de l'égalité des chances en matière de réussite éducative, il préoccupe clairement les familles-éducatrices qui ont fait le choix (volontairement ou non) d'instruire leurs enfants à la maison et de leur offrir, justement, de meilleures chances de réussites en dehors du système scolaire actuel.

"Le projet de loi donne un pouvoir d'enquête aux fonctionnaires, qui pourront comparer les listes d'enfants qui ont une carte d'assurance-maladie au Québec avec ceux qui ont un code permanent du ministère de l'Éducation, afin de cibler ceux qui ne sont inscrits dans aucune école. 

Une fois ces enfants identifiés, les commissions scolaires devront contacter les parents et les inciter à fournir à leur enfant un parcours scolaire. 

Si le parent refuse de le faire, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) pourra intervenir. Dans des amendements au projet de loi 99 déposés aussi vendredi, la DPJ obtient de nouveaux pouvoirs et pourra dorénavant considérer la non-fréquentation scolaire comme de la négligence envers l'enfant."

(Patricia Cloutier, Le Soleil)

L'éducation à domicile au Québec

Il faut savoir qu'il y a pas loin de 2000 enfants éduqués à la maison au Québec (source AQED), ou 500 familles. Les motivations de déscolarisation de ces familles sont nombreuses et variées. "Au Québec, ce mouvement est   surtout basé sur une nouvelle vision de la vie familiale, sur un regard critique de l’éducation en milieu scolaire, sur le souci de répondre aux besoins spécifiques de l’enfant, de même que sur le caractère novateur des pratiques éducatives alternatives remettant en question les modes traditionnels d’apprentissage." (AQED).

La décision des familles peut relever d'un choix mûrement réfléchi mais elle peut aussi survenir soudainement en réponse à une problématique (harcèlement scolaire, intimidation, maladie, décrochement...) ou d'un changement de vie (voyages).

Il y a autant de raisons de faire ce choix qu'il y a de familles!

Au Québec, contrairement à d'autres provinces du Canada, ce mode éducatif est néanmoins déjà très surveillé. Les familles qui choisissent de déscolariser leurs enfants sont tenues de le signaler à la Commission scolaire de laquelle ils dépendent par la rédaction d'une lettre d'intention. Ils doivent ensuite fournir un Plan de scolarisation pour l'année, ainsi que démontrer la progression des apprentissages en fin d'année (souvent par l'intermédiaire d'un portfolio regroupant un panel des travaux de l'enfant).

Vivre au Québec en tant qu'expatrié

En ce qui nous concerne, notre décision de venir nous installer au Québec il y a trois ans comportait un certains nombre de critères. Outre notre besoin d'aventure, nous avions choisi ce pays pour sa qualité de vie, sa situation géographique, ses perspectives d'emploi, et son ouverture en terme d'instruction à domicile. Nous avons toujours recherché à avoir un meilleur engagement familiale, à suivre les intérêts et motivations de nos enfants tout en respectant les rythmes propres à chacun. Et je suis toujours convaincue que ce choix de vie est plus que bénéfique en ce qui nous concerne.

  • Nous pouvons mieux contrôler le diabète de notre fille (insulino-dépendante)
  • Nous sommes libres d'organiser nos journées en fonction des activités de chacun
  • Les enfants apprennent à leur rythme et sont autonomes dans leurs apprentissages
  • Nous pouvons aller au-delà des notions abordées à l'école et avons davantage de flexibilité
  • Les enfants peuvent apprendre par tutorat et de manière spontanée
  • Nous avons une meilleure harmonie familiale

Aujourd'hui, avec ce projet de loi, j'en viens à me questionner sur notre choix quant à vivre au Québec. Certes nous apprécions notre maison, la belle communauté rurale dans laquelle nous vivons, les paysages. Mais nous craignons pour notre liberté et nos droits en tant que parents-éducateurs.

"2. L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension, la tolérance et l’amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le développement des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix.

3. Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants."

(Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, article 26)

Les amendements proposés au Ministère vont au-delà d’une simple proposition de modification terminologique. Ils constituent une redéfinition du concept de "négligence éducative". Comment, alors, bénéficier de cette fameuse qualité de vie dont je parle si je me sens surveillée, jugée, non-respectée dans mes choix et mes propres compétences, jusqu'à être dénoncée pour négligence éducative alors qu'au contraire je me soucie plus que de raison de leur avenir ?

Vous pouvez consulter le projet de loi ici et soutenir le réseau de parents-éducateurs en signant la pétition :

LIRE        SIGNER

Crédit photos: Sabrina Lucas

Laisser un commentaire