Deux années d’Instruction en famille : Premier bilan

De l'instruction en famille au unschooling, il n'y a qu'un pas!

Depuis deux ans que nous avons choisi l’Instruction en famille, notre rythme de vie s’en est trouvé changé, nos habitudes ont évolué ainsi que notre organisation, notre vision de l’éducation. J’aimerais vous dire que ça a été facile, mais en fait non. Il y a eu (et il y a toujours) des hauts et des bas, des remises en questions, des doutes… Mais nous continuons d’avancer.

Les chemins les moins empruntés sont toujours plus difficiles

Les tous premiers temps, je suivais scrupuleusement les modèles et méthodes proposés dans les bouquins, sites internet, forums de discussion etc. Je me suis vite aperçu que cela ne fonctionnait pas toujours pour nous, pour moi, pour notre famille. Quand on se lance dans l’aventure de l’apprentissage libre, laissez-moi vous dire une chose : il n’est pas aisé de se défaire de ses propres habitudes et de faire face à la spontanéité, à l’enthousiasme, à la vie dans ce qu’elle a d’innée et de merveilleux.

C’est tellement plus rassurant ce cadre, ces béquilles que l’on nous met d’emblée dès l’enfance… On aime ça, s’appuyer dessus, se reposer. C’est tellement plus facile et confortable de savoir que l’on suit un chemin tout tracé et balisé. On se sent comme protégé, on a l’impression de suivre “la bonne direction”, d’être conforme à la norme.

La norme? Quelle norme? Nous avions choisi de sortir des sentiers battus pour aller vers plus d’authenticité, pour une vie plus en accord avec nos valeurs personnelles! Alors pourquoi me retrouvais-je à “faire l’école” à mes enfants, à leur faire remplir des cahiers de mathématiques et de français et essayer de reproduire ce schéma que je fuyais tant? Parce que cela me rassurait au fond. J’étais soulagée lorsque deux pages de cahiers avaient été complétées.

OUF! Ils apprennent!

Non, ils n’apprennent pas. Et moi, j’étais là, à me débattre chaque jour, à essayer de suivre un quelconque programme qui n’a pas de sens à mes yeux alors que eux ne demandaient qu’une seule chose : jouer, vivre, être libres (et heureux). Je sentais leur besoin d’aller courir à travers champs, d’aller sentir, toucher, tomber, expérimenter. Et je sentais en moi ce besoin également, cette petite voix qui me disait de leur faire confiance, de ME faire confiance et de faire confiance à la vie.

L’être humain apprend constamment, tout au long de sa vie. C’est un fait scientifique.

C’était à moi de changer, pas à eux.

À partir de ce postulat, voici ce que j’ai pu observer dans notre parcours.

6 étapes vers le unschooling

Des rythmes et un rôle différents

Mon premier changement a été de ne plus me positionner en tant qu’enseignante mais en tant que guide, accompagnante et d’être attentive aux rythmes de chacun de mes trois enfants. Je me rends compte que j’apprends tout autant avec eux que eux avec moi. C’est un réel échange. J’ai des connaissances, un savoir et une expérience que je peux partager, oui! Mais ils ont leurs propres modes d’apprentissages et ils sont tout à fait valables. Modifier mon point de vue, ma position m’a permis d’enlever une pression inutile et de partager davantage avec eux. J’ai accepté le fait qu’ils n’apprenaient pas de la même façon et que je devais respecter cela. J’ai décidé d’investir sur du long terme plutôt que sur des résultats immédiats, et ça fonctionne! Une fois une compétence acquise, elle l’est définitivement et durablement. C’est “l’écologie de l’enfance”, selon les termes d’André Stern.

Plus de place à l’informel

De l'instruction en famille au unschooling, il n'y a qu'un pas!

Mon deuxième changement a été de troquer les cahiers d’apprentissage contre plus de matériel didactique et des expériences de vie. Quand nous “étudions”, c’est bien souvent sur la table de la cuisine, mais les enfants sont aussi très souvent assis ou allongés à terre dans le salon. Il n’y a pas de lieu particulièrement dédié à l’étude. Il n’y a pas d’horaires ni de planning. On suit les envies et l’intérêt quand il se présente (et il se présente trèèèès souvent!). On s’installe comme on veut et où l’on veut. Au moment même où j’écris cet article, je suis dans la cuisine alors que ce matin j’étais sur le canapé du salon et demain peut-être dans un café! Nous sortons dès que l’occasion se présente, pour une visite, une ballade, une exposition, une activité… et j’en passe! On apprend tout le temps et partout! De ce côté-là, il n’y a pas de règle.

Une vie plus simple

Mon troisième changement a été d’aménager la maison pour l’adapter aux enfants plutôt que l’inverse. J’avais déjà opéré cette étape-ci il y a longtemps, mais nous l’avons davantage développée ces dernières années. Cela nous a simplifié la vie en plus de renforcer leur autonomie et leur confiance en eux. Nous avons installé un lavabo à leur hauteur, organisé des blocs de rangement thématiques et fait en sorte qu’ils aient accès à tout ce dont ils ont besoin pour participer, apprendre, cuisiner, expérimenter par eux-même librement dans cet espace familial. Dans cette démarche d’optimisation et d’organisation, Pinterest m’est d’un grand secours! Du fait que les enfants sont plus autonomes dans un espace sécuritaire, ils ont moins besoin de moi et j’ai donc davantage de temps pour ÊTRE avec eux, en plus d’alléger ma charge mentale…

C.Q.F.D. !

Observer et faire confiance

Mon quatrième changement a été d’observer davantage tout en intervenant le moins possible. Que ce soit dans leurs apprentissages ou dans leurs conflits, j’essaie de garder une certaine distance et de leur donner des outils de résolution de conflits quand cela est nécessaire (j’aime beaucoup, à ce sujet, le site de papapositive qui propose beaucoup de ressources sur l’éducation positive).  J’accompagne, le plus souvent possible, sans jugement et je m’aperçois que parfois un simple câlin sans un mot suffit à désamorcer une crise. J’ai appris à être plus à l’écoute, à observer et à apprécier tous les moments de qualité que l’on passe ensemble autour d’un puzzle, d’un jeu d’échec, d’une lecture, d’une discussion, etc.

Je prends soin de toujours noter dans mon journal de bord le résultat de mes réflexions. De ce point de vue là aussi la forme de mon journal a évolué au fil du temps pour passer d’un modèle plutôt académique à quelque chose de plus personnel, comme le bullet-journal (je prépare d’ailleurs un article sur le sujet. À venir prochainement!).

Cultiver l’enthousiasme!

De l'instruction en famille au unschooling, il n'y a qu'un pas!
crédit photo: Marylène Thériault (Les fées mères)

Je choisis de dire plus souvent OUI en répondant intérieurement à la question :

“Est-ce si important pour moi de…?”

Je choisis de faire confiance aux aptitudes innées de mes enfants et à leur “disposition spontanée à aller dans le vaste monde” (source: André Stern). Et ceci nous emmène parfois dans des découvertes inestimables! Je m’aperçois que les enfants sont plus réceptifs, qu’ils apprennent davantage lorsque l’intérêt est là et lorsque l’on passe par le jeu. Pourquoi en serait-il autrement? Nous-mêmes retenons mieux les choses lorsque nous y trouvons un intérêt! Mon regard voit à présent un sujet d’apprentissage dans toute chose et l’occasion de pousser un peu plus loin les investigations. Cela ne veut pas dire que je ne dis pas NON. Je choisis simplement mes batailles en essayant de rester cohérente (ce qui n’est pas toujours le cas selon mon humeur, hahaha).

Accepter que tout ne soit pas parfait!

C’est l’une des étapes les plus difficiles… S’accorder le droit de faire des erreurs, de se tromper, de ne pas faire les choses parfaitement bien. J’ai beau être pleine de bonnes intentions, parfois il arrive que cela ne fonctionne tout simplement pas. Il arrive que je sois fatiguée, découragée, dépitée, blasée… Il arrive que les enfants ne soient pas d’humeur ou que leur réservoir émotionnel soit plein à craquer… Il arrive que mes plans tombent à l’eau, que l’on manque de motivation ou que l’intérêt ne soit pas là… J’ai encore du chemin à parcourir, mais ces jours-là je regarde tout ce que l’on a déjà fait et je me dis que demain est un autre jour.

En sommes…

Au regard de ces deux dernières années, les enfants ont développé des compétences particulières et nous avons maintenant une belle harmonie à la maison (dans l’ensemble) où chacun semble trouver sa place. Je les vois chaque jour se connaître davantage intérieurement, prendre confiance en eux et être fiers de leurs propres apprentissages. Je les vois rire, oser entreprendre, échouer, recommencer, pleurer, trouver des solutions par eux-même, chercher, ÊTRE eux-même, s’affirmer… et c’est tout ce dont j’ai besoin. Je les vois avancer à leur rythme sur leur propre chemin de vie, confiants et libres. Et je suis heureuse d’avoir fait ce choix de vie qui nous re(ra)ssemble.

 

Bien sûr, toutes ces étapes sont celles de notre famille. Je tiens à préciser qu’elles reflètent notre propre expérience et qu’elles ne sont en aucun cas un modèle, une solution ou une formule à suivre ! Il vous appartient de découvrir les vôtres en fonction de vos valeurs et de votre propre rythme!

 

Vous avez aimé cet article? N’hésitez pas à le partager !

 

 

Laisser un commentaire